Lindivisibilité de lhumanité
23 juin 2005
Le féminisme change de visage
Dans la course au gouvernement genevois, les temps sont durs pour les femmes. L’égalitarisme autrefois porteur ne fait plus recette. La logique des quotas recule, l’égalité républicaine progresse. Une reconnaissance pour des mouvements politiques qui n’ont jamais cédé aux effets de mode.
Bas les masques A Genève, dans la course au conseil d’Etat, les candidates échouent en cascade. Après l’éviction de la socialiste Véronique Pürro et l’échec de Véronique Schmied chez les chrétiens, les verts viennent d’écarter la candidature de Fabienne Bugnon. Etonnement, Maria Roth-Bernasconi, la passion aria des quotas, se mure dans le silence. Pourtant très active après le départ de Ruth Metzler du conseil fédéral, la porte-parole instituée du féminisme pointe aux abonnés absents. Ironie du sort, la libérale Micheline Spoerri est la seule femme en lice pour le gouvernement. A gauche, d’importantes failles apparaissent donc dans le dispositif féministe. Pour les apôtres de la discrimination légale, les drapeaux sont en berne. Le combat pour les quotas s’estompe, le clientélisme électoral à bon marché s’essouffle. Seule l’extrême gauche anime encore quelques bastions de résistance. Parallèlement, une autre approche de la parité se dessine. Une philosophie qui privilégie l’égalité des chances face à l’égalité des résultats.
Une vision républicaine de l’égalité Imaginer la représentation politique de manière duale contredit l’universalisme de nos principes démocratiques. Une fois élu, le représentant parle et délibère au nom de la nation entière. Les représentantes doivent en effet bénéficier de la même fiction universaliste que les représentants et non se voir assigner la mission de défendre la cause de la moitié de l’humanité.
C’est en accédant à de telles revendications que réapparaîtront les conceptions féodales pervertissant l’idéal universaliste. Que l’universel s’ouvre au pluriel, tel est le souhait légitime des démocrates de bonne foi. Mais au nom de quoi réduire le multiple à une dualité ? On ne soignera pas la démocratie en voulant la concilier de toutes forces avec cette nature réputée duale. Faut-il entendre que les femmes, pour moitié dans les assemblées, y incarneraient, sur un mode allégorique, la moitié du pays que sont les femmes ? Pourquoi les femmes, moitié de l’humanité, seraient-elles par nature ou essence, plus capables ou plus désireuses que les hommes, autre moitié de l’humanité, de changer le sort du monde ? En séparant la cité en deux genres, la parité non seulement arrime les femmes à leur nature féminine mais occulte le pluralisme démocratique et fait perdre tout sens aux alternatives politiques. Ce combat identitaire, et surtout l’absence de vives réactions face aux revendications de nos élites féministes, est préoccupant. En avalisant la séparation de la cité en deux sexes, la parité suppose une définition homogène, aussi arbitraire qu’impossible, du masculin et du féminin : Elle contribue non pas à s’ouvrir au pluralisme démocratique mais au contraire à occulter la diversité des positions individuelles, celles des femmes comme celles des hommes.
Le retour du pluralisme démocratique
Le légitime combat pour la représentation féminine dans les assemblées doit néanmoins se poursuivre. Les femmes sont insuffisamment représentées dans les cénacles politiques. Les parlements cantonaux accueillent à peine 25% de députées. Avec 26% de représentantes, le palais fédéral ne fait guère mieux. Quant à la présence féminine dans les exécutifs, les chiffres ne reflètent de loin pas la réalité démographique, puisque la Suisse ne compte de 23% de conseillères d’Etat. Les statistiques sont donc éloquentes, les faits sont têtus. Malgré les multiples revendications d’équité, la situation n’a guère évolué.
En s’inscrivant dans une dynamique nouvelle, dans un processus qui privilégie le pluralisme des opinions, le féminisme pourrait donc rompre avec cette culture de la défaite. Les radicaux genevois ont bien compris cette dynamique. Fidèle à leurs principes républicains, ils ont refusé d’entrer dans une logique de discrimination légale, fut-elle « positive ». En revanche, ils privilégient le travail de persuasion à l’interne et entament la bataille électorale avec une liste fortement féminisée. L’année passée, le PRG s’engageait en effet à présenter 40% de femmes parmi les nouveaux candidats au grand conseil. L’objectif est atteint puisqu’elles représentent 46% de la relève. En comptant les députés sortants, la liste compte 38% de femmes. Aider, soutenir, motiver et promouvoir les femmes à toutes occasions sont des réflexes qu’un parti moderne se doit d’intégrer. Au nom de la citoyenneté universelle, la laïcité affranchit l’individu des ses lignages idéologiques mais aussi naturels. La philosophie des quotas distillée par John Rawls, l’auteur de la théorie de la justice, heurte de front cette culture. Logiquement, les radicaux n’ont donc jamais cédé à cet appel d’outre atlantique. Face à la loi, l’humanité est indivisible. Chercher à déterminer en son sein des groupes cibles, à les flatter puis à leur promettre un monde meilleur, heurte notre tradition démocratique. Appliquer à la condition humaine les préceptes de la mercatique, c’est pervertir l’idéal républicain.
Le féminisme change de visage
Dans la course au gouvernement genevois, les temps sont durs pour les femmes. L’égalitarisme autrefois porteur ne fait plus recette. La logique des quotas recule, l’égalité républicaine progresse. Une reconnaissance pour des mouvements politiques qui n’ont jamais cédé aux effets de mode.
Bas les masques A Genève, dans la course au conseil d’Etat, les candidates échouent en cascade. Après l’éviction de la socialiste Véronique Pürro et l’échec de Véronique Schmied chez les chrétiens, les verts viennent d’écarter la candidature de Fabienne Bugnon. Etonnement, Maria Roth-Bernasconi, la passion aria des quotas, se mure dans le silence. Pourtant très active après le départ de Ruth Metzler du conseil fédéral, la porte-parole instituée du féminisme pointe aux abonnés absents. Ironie du sort, la libérale Micheline Spoerri est la seule femme en lice pour le gouvernement. A gauche, d’importantes failles apparaissent donc dans le dispositif féministe. Pour les apôtres de la discrimination légale, les drapeaux sont en berne. Le combat pour les quotas s’estompe, le clientélisme électoral à bon marché s’essouffle. Seule l’extrême gauche anime encore quelques bastions de résistance. Parallèlement, une autre approche de la parité se dessine. Une philosophie qui privilégie l’égalité des chances face à l’égalité des résultats.
Une vision républicaine de l’égalité Imaginer la représentation politique de manière duale contredit l’universalisme de nos principes démocratiques. Une fois élu, le représentant parle et délibère au nom de la nation entière. Les représentantes doivent en effet bénéficier de la même fiction universaliste que les représentants et non se voir assigner la mission de défendre la cause de la moitié de l’humanité.
C’est en accédant à de telles revendications que réapparaîtront les conceptions féodales pervertissant l’idéal universaliste. Que l’universel s’ouvre au pluriel, tel est le souhait légitime des démocrates de bonne foi. Mais au nom de quoi réduire le multiple à une dualité ? On ne soignera pas la démocratie en voulant la concilier de toutes forces avec cette nature réputée duale. Faut-il entendre que les femmes, pour moitié dans les assemblées, y incarneraient, sur un mode allégorique, la moitié du pays que sont les femmes ? Pourquoi les femmes, moitié de l’humanité, seraient-elles par nature ou essence, plus capables ou plus désireuses que les hommes, autre moitié de l’humanité, de changer le sort du monde ? En séparant la cité en deux genres, la parité non seulement arrime les femmes à leur nature féminine mais occulte le pluralisme démocratique et fait perdre tout sens aux alternatives politiques. Ce combat identitaire, et surtout l’absence de vives réactions face aux revendications de nos élites féministes, est préoccupant. En avalisant la séparation de la cité en deux sexes, la parité suppose une définition homogène, aussi arbitraire qu’impossible, du masculin et du féminin : Elle contribue non pas à s’ouvrir au pluralisme démocratique mais au contraire à occulter la diversité des positions individuelles, celles des femmes comme celles des hommes.
Le retour du pluralisme démocratique
Le légitime combat pour la représentation féminine dans les assemblées doit néanmoins se poursuivre. Les femmes sont insuffisamment représentées dans les cénacles politiques. Les parlements cantonaux accueillent à peine 25% de députées. Avec 26% de représentantes, le palais fédéral ne fait guère mieux. Quant à la présence féminine dans les exécutifs, les chiffres ne reflètent de loin pas la réalité démographique, puisque la Suisse ne compte de 23% de conseillères d’Etat. Les statistiques sont donc éloquentes, les faits sont têtus. Malgré les multiples revendications d’équité, la situation n’a guère évolué.
En s’inscrivant dans une dynamique nouvelle, dans un processus qui privilégie le pluralisme des opinions, le féminisme pourrait donc rompre avec cette culture de la défaite. Les radicaux genevois ont bien compris cette dynamique. Fidèle à leurs principes républicains, ils ont refusé d’entrer dans une logique de discrimination légale, fut-elle « positive ». En revanche, ils privilégient le travail de persuasion à l’interne et entament la bataille électorale avec une liste fortement féminisée. L’année passée, le PRG s’engageait en effet à présenter 40% de femmes parmi les nouveaux candidats au grand conseil. L’objectif est atteint puisqu’elles représentent 46% de la relève. En comptant les députés sortants, la liste compte 38% de femmes. Aider, soutenir, motiver et promouvoir les femmes à toutes occasions sont des réflexes qu’un parti moderne se doit d’intégrer. Au nom de la citoyenneté universelle, la laïcité affranchit l’individu des ses lignages idéologiques mais aussi naturels. La philosophie des quotas distillée par John Rawls, l’auteur de la théorie de la justice, heurte de front cette culture. Logiquement, les radicaux n’ont donc jamais cédé à cet appel d’outre atlantique. Face à la loi, l’humanité est indivisible. Chercher à déterminer en son sein des groupes cibles, à les flatter puis à leur promettre un monde meilleur, heurte notre tradition démocratique. Appliquer à la condition humaine les préceptes de la mercatique, c’est pervertir l’idéal républicain.
A Genève, dans la course au conseil d’Etat, les candidates échouent en cascade. Après l’éviction de la socialiste Véronique Pürro et l’échec de Véronique Schmied chez les chrétiens, les verts viennent d’écarter la candidature de Fabienne Bugnon. Etonnement, Maria Roth-Bernasconi, la passion aria des quotas, se mure dans le silence. Pourtant très active après le départ de Ruth Metzler du conseil fédéral, la porte-parole instituée du féminisme pointe aux abonnés absents. Ironie du sort, la libérale Micheline Spoerri est la seule femme en lice pour le gouvernement. A gauche, d’importantes failles apparaissent donc dans le dispositif féministe. Pour les apôtres de la discrimination légale, les drapeaux sont en berne. Le combat pour les quotas s’estompe, le clientélisme électoral à bon marché s’essouffle. Seule l’extrême gauche anime encore quelques bastions de résistance. Parallèlement, une autre approche de la parité se dessine. Une philosophie qui privilégie l’égalité des chances face à l’égalité des résultats.
Imaginer la représentation politique de manière duale contredit l’universalisme de nos principes démocratiques. Une fois élu, le représentant parle et délibère au nom de la nation entière. Les représentantes doivent en effet bénéficier de la même fiction universaliste que les représentants et non se voir assigner la mission de défendre la cause de la moitié de l’humanité.
Le retour du pluralisme démocratique