La méthode énarchique

Publié le par Sébastien Leprat

La France est de nouveau bloquée. Malgré la toute fraiche légitimité politique de l’équipe Sarkozy, la rue orchestre une fois de plus la contestation. La durée de cotisation à la retraite des employés de certaines grandes entreprises publiques est en cause. Ceux de la SNCF par exemple versent en effet une cotisation aux régimes de retraites pendant 37,5 années, alors que les salariés du secteur privé et la forte majorité de la fonction publique cotisent 40 années. L’objectif du Gouvernement est d’aligner ces régimes dits spéciaux sur le régime général. Pour 2,5 années de cotisations supplémentaires, quelques milliers d’employés prennent donc la France en otage. Les grandes centrales syndicales sont pourtant divisées sur la méthode. Comme à son habitude, la CFDT semble prête à engager le dialogue. Quant aux autres formations syndicales, elles sont dépassées par leurs bases qui multiplient les appels à la mobilisation.

Le problème des régimes spéciaux de retraites est un vieux serpent de mer de la politique française. Il illustre à merveille la manière dont les réformes sont conduites dans l’hexagone. Depuis des lustres, l’Etat central multiplie les expertises afin de démontrer à l’opinion publique que ces régimes spéciaux sont source d’inégalité entre les employés. Moult rapports ont été commandés par des gouvernements de gauche comme de droite. L’objectif des gouvernements successifs est simple : sensibiliser l’opinion publique afin de débloquer une réforme nécessaire. A force de communiquer cette ineptie, les faits sont désormais très connus des citoyens. Souvenons-nous en effet des multiples rapports élaborés par monsieur Charpin, énarque socialiste, sous les gouvernements Rocard, Jospin puis Raffarin ! C’est à ce respectable haut fonctionnaire que la France doit aujourd’hui l’élan de la réforme. C’est grâce à son expertise que le dossier des retraites semble dégelé.

 

Cette méthode est éprouvée dans l’hexagone. Inlassablement et indépendamment des étiquettes partisanes, les gouvernements mobilisent l’expertise des énarques jusqu’à ce que l’opinion soit convaincue du bien-fondé d’une réforme. Ce fut également le cas dans le domaine de la santé. En employant la même méthode, après les tentatives engagées par monsieur Fabius en 1984, puis celles de Rocard en 1989, le gouvernement Juppé avait réussi en 1995 à intégrer les professions de santé dans la maîtrise des coûts de l’assurance-maladie. Le même monsieur Charpin avait d’ailleurs livré son expertise afin de convaincre les français du bon sens de cette réforme. Dans l’hexagone, à défaut d’un dialogue social constructif, les réformes sont donc inspirées par l’administration centrale. Une forme de jurisprudence est donc à l’œuvre dans la vie politique française : pour agir, il semble que la « méthode énarchique » soit fructueuse…

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Publié dans politics

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