La dimension culturelle du débat démocratique
26 mai 2005
A trois jours du vote hexagonal concernant la constitution européenne, nous avons quotidiennement et « cathodiquement » l’occasion d’apprécier les différences de culture politique entre les Suisses et les Français.
Si les débats constitutionnels sont monnaie courante en terres helvètes, la consultation populaire sur le pacte fondamental est perçue différemment chez nos voisins. Face à l’instabilité française, la Suisse affiche sagesse et sérénité.
L’instabilité française
Depuis la révolution, la France est un laboratoire d’idées constitutionnelles. L’instabilité institutionnelle fait constamment trembler la république. Nos voisins ont connu tous les régimes. Après les expériences autoritaires post révolutionnaires, la France a testé de nombreux modèles d’inspiration présidentielle ou parlementaire. Sous l’Empire, les Français ont même vécu des expériences de démocratie directe qui se sont heurtées aux agissements ploutocrates des potentats régionaux. Aujourd’hui, la constitution de la cinquième république bat des records de longévité. Cette accalmie masque néanmoins une constante dans l’histoire politique française : Dans l’hexagone plus qu’ailleurs, « les constitutions sont en papier mais les baïonnettes sont en fer » ! Tous débats constitutionnels glissent rapidement sur des questions identitaires et échappent à l’action politique. Au-delà de la question européenne, les Français entretiennent donc une relation instable avec l’ordre légal. Seuls les soubresauts révolutionnaires, seule la menace du désordre provoquent des réactions constitutionnelles salutaires. Dans le débat de politique européenne, cette donnée culturelle est présente. Si la crise couve, si les appels à la constitution d’une sixième république sont toujours plus pressants, le choc politique n’a pas encore eu lieu. Les Français ne sont sans doute pas encore prêts à faire le « grand saut ». Seule la conscience d’être dépositaire d’un héritage européen ramènera peut être les Gaulois à la raison…
La constance helvète
A contrario, la Suisse connaît un mouvement de réforme constitutionnel constant et solide. Au fil des votations, le peuple forge le pacte fondamental. Les à-coups compulsifs n’ont pas droit de cité. Hasard du calendrier, la première semaine de session offrira l’occasion aux parlementaires fédéraux de commenter les résultats de la votation française de dimanche prochain. A une semaine d’une votation concernant l’adhésion à l’espace Schengen/Dublin, la campagne référendaire suisse s’exportera probablement. A n’en pas douter, l’UDC tentera de trouver une nouvelle source d’inspiration. Déjà à court d’argument dès le début de la campagne, les nationalistes s’étaient appuyés sur l’affaire allemande des visas. Ils tenteront très certainement de saisir l’aubaine du repli annoncé dans l’hexagone. Les Suisses ne se laisseront certainement pas duper par cette éventuelle ultime tentative de déstabilisation. Plus sages dans leurs comportements citoyens, plus responsables face à l’urne, les Suisses ne se laisseront pas tromper par les pitreries des nationalistes.