Les gouvernements, otages du combat électoral permanent

Publié le par Sébastien Leprat

12 mai 2005

Les discours de rupture tenus par certains magistrats dévoilent un changement de culture politique

Autrefois loués pour la relative distance qu’ils cultivaient vis à vis des contingences politiciennes, les gouvernements ont dorénavant les yeux rivés vers les urnes. Le combat électoral permanent qui a conquis les enceintes parlementaires contamine désormais les exécutifs.

Cette évolution schizophrénique pose deux problèmes majeurs : Elle provoque une fuite des responsabilités et entre en conflit frontal avec un modèle politique qui a fait le pari de la raison.

 

Une fuite des responsabilités

 

 

La politique suisse n’est donc plus un « Sonderfall ». Comme dans la plupart des pays voisins, l’approche des verdicts électoraux influence toujours plus les discours ministériels. Les équipes gouvernementales se transforment progressivement en écuries partisanes. Une concurrence électorale aveugle dicte le ton. Les usages gouvernementaux sont écartés au profit du clientélisme. A Neuchâtel, avant même l’établissement du gouvernement, la nouvelle majorité de gauche affiche sans complexe une ambition exclusivement partisane au détriment de l’intérêt général. Pourtant auréolée d’un net succès politique, elle préfère abandonner les départements clefs (éducation et santé/action sociale) au profit d’une stratégie politicienne. Face aux enjeux de taille que le canton doit affronter, la gauche préfère calmer les angoisses claniques de ses militants. Probablement pétrifiés par un discours de la rigueur qui ferait la part trop belle aux « cousins » popistes, la gauche délaisse le terrain de l’action et tente de contenir les nouveaux minoritaires (radicaux et libéraux) en position de responsabilité. Installée confortablement sous les dorures du château, elle rêve ainsi d’entretenir une dynamique d’opposition, l’illusion d’une alternance, le rêve du grand soir si cher aux camarades ! Il en va de même au sein de la droite nationaliste. Débarrassée d’une pesante responsabilité gouvernementale à Zürich, l’UDC des bords de la Limmat pourra poursuivre son travail de sape, pendant que C. Blocher assure le spectacle à Berne. Ces nouvelles attitudes gouvernementales perturbent la subtile mécanique d’un système politique tout entier tourné vers la raison.

 

 

Un modèle politique défié

 

 

Dictés par les consultations populaires, les agendas gouvernementaux sont en effet décalés des préoccupations partisanes. Un fait divers n’entraîne pas de changement de cap. De même qu’un élan passionnel ne perturbe pas la mécanique démocratique. Si le peuple s’est prononcé négativement concernant une réforme, le gouvernement se remet à la tâche afin de trouver une solution susceptible de recueillir la majorité. En Suisse, la force de l’exécutif est donc étroitement et structurellement liée à sa constance dans l’action. La force du droit garantit une recherche permanente de consensus et s’impose aux autorités. Non soumis directement aux obligations gouvernementales, les partis obéissent à d’autres logiques. La vulgarisation politique est le pain quotidien des officines partisanes. Dans les joutes oratoires ou textuelles, les discours de rupture sont légitimes. A contrario, dans les gouvernements, les magistrats qui ne travaillent pas au rassemblement sont condamnés à l’échec ou soupçonnés de vouloir casser le modèle politique…

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Publié dans politics

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