L'UE peut peu mais l'influence européenne est certaine
Angela Merkel comme Ségolène Royal viennent de faire un plaidoyer en faveur d’une relance de la politique européenne. En Suisse, tous les grands dossiers politiques actuels sont influencés par les desseins européens. Que ce soit la politique agricole, la lutte contre la cherté, la protection des inventions biotechnologiques, le contrôle des flux migratoires ou la politique agricole (…), pas un seul débat n’échappe à l’environnement international. A contrario, les institutions de l’Union européenne subissent les foudres de l’opinion publique par consultations populaires et sondages interposés. Le peuple ne semble donc pas adhérer aux structures mais reconnaît la nécessité d’engager une politique commune entre les Etats du vieux continent.
Un tel constat tend à démontrer que la politique européenne a gagné en maturité. Après la boulimie de grands traités (Rome ; Acte unique ; Maastricht…), place à la mise en œuvre. Après l’ébullition des premiers pas, le temps de l’évaluation est engagé. Même si une approche géopolitique exigerait un rythme de réforme plus soutenu au motif que le vieux continent doit s’adapter aux nouvelles règles de la globalisation (monnaie forte ; environnement économique plus compétitif…) ce rythme est assez sain. Les démocraties ont en effet besoin de respirer. Fragile car faiblement légitimée, l’UE plus que toute autre institution démocratique n’échappe pas à cette règle.
En Suisse, le changement de rythme dans la politique européenne est peu perceptible. Notre comportement, nos réflexes politiques vis-à-vis de l’UE n’ont pas subis de grands chambardements. Habitué à la logique des petits pas, formaté par la nécessaire lenteur liée à notre modèle de démocratie directe, le citoyen n’a jamais versé dans l’euphorie des grands desseins politiques. Soucieuse de relativiser chaque question politique en soumettant cette dernière au crible des contre-pouvoirs, notre démocratie est bien trop libérale pour entretenir les désirs de grands soirs. Naturellement, les premiers déçus se recrutent au sein des familles politiques d’obédience marxiste et plus largement antilibérales. Toujours motivés à l’idée d’entretenir un climat révolutionnaire, sans cesse charmés par la tentation de faire table rase du passé, les anti-libéraux n’acceptent pas la marche de l’histoire. Inlassablement, ils poursuivent leurs combats contre les institutions démocratiquement établies. Partiellement associées au gouvernement suisse, impliquées dans la construction des politiques publiques, ces forces politiques devraient pourtant admettre que si l’UE peut peu, l’influence européenne est bien certaine.