L'ère des primaires et le nerf de la guerre
Chez les socialistes français, le dénouement électoral est proche. Le 23 novembre, nous saurons qui de Ségolène Royale, de Dominique Strauss-Kahn ou de Laurent Fabius sortira vainqueur d’une compétition interne au PS. En organisant une telle élection, la gauche gouvernementale française innove. Afin de renouer avec le succès, elle mobilise d’importants moyens financiers. Les délices de la mercatique sont exploités sans réserve. Pour les besoins de l’exercice, les candidats investissent donc dans de vastes et coûteuses opérations publicitaires. A l’ère des primaires, l’argent est plus que jamais le nerf de la guerre.
Privilégier la personnalisation médiatique au travail de conviction interne au parti, choisir l’affrontement direct plutôt que la recherche du consensus, préférer le jeu des petites phrases aux programmes politiques, opter pour la séduction face au débat d’idées, telles sont les nouvelles règles du jeu politique. La procédure de l’élection primaire permet d’adapter les règles de fonctionnement des partis à cette nouvelle donne.
Elle est réactive, éphémère et superficielle. Réactive car elle se plie aux exigences d’un monde à grande vitesse et permet d’agir au grès d’une information toujours plus fluide. Ephémère car elle s’adapte aux réflexes d’un citoyen-consommateur qui choisit avant d’aussitôt oublier. Superficielle, car orientée vers des individus imprégnés de consumérisme, vers un public animé par l’oppressant désir de se mouvoir subrepticement devant les étalages des grandes surfaces commerciales.
Les trois candidats socialistes se sont lancés dans de coûteuses opérations publicitaires sur internet. De multiples sites sont ouverts à leurs effigies et les instances de contrôle des comptes de campagne s’agitent.
Même s’il n’est pas encore engagé dans une procédure déclarée d’élection primaire, Nicolas Sarkozy se prépare à affronter la concurrence. Pour se faire, il multiplie également les frais afin d’imprégner sa marque dans le débat. Lors de la parution de son livre « témoignage », le Président de l’UMP avait été sommé d’établir toute la transparence exigée par les règles en vigueur relatives au financement des campagnes politiques.
Dans cette bataille des primaires, les politiciens français semblent donc appliquer une leçon parfaitement retenue outre-Atlantique : A l’ère des primaires, le nerf de la guerre sera sans doute salutaire…