Quand précipitation rime avec impuissance !
26 janvier 2006
Lorsque le Conseil Fédéral agit avec précipitation, il perd sa fonction d’arbitre
Au sein d’un exécutif, la gestion du temps est une arme politique efficace. Peu soumis aux pressions extérieures, un gouvernement dispose d’un horizon temporel redoutable. S’il sait exploiter l’agenda, il peut élaborer des stratégies gagnantes. Encore faut-il pour cela disposer d’un collège serein et solidaire. Les rapides effets d’annonce concernant l’accord de libre échange avec les Etats Unis, comme la communication puérile sur le dossier Swisscom, plaident en faveur d’un retour à la sagesse. Enrôlés dans la tourmente médiatico-politique, les gouvernements s’activent toujours plus à courtes vues. Lorsqu’ils doivent agir vite, ils privilégient les effets d’annonce au détriment de l’action politique. Dans le souci d’envoyer des signes politiques forts, ils confondent vitesse et précipitation. Pourtant non soumis directement à réélection populaire, le Conseil Fédéral n’échappe pas à la règle. A l’image de leurs amis parlementaires, les ministres jouent des coudes par presse interposée. Porte voix d’une « stratégie » de communication inachevée, ils sont régulièrement contraints de rapidement corriger leurs positions. L’idée d’un accord de libre échange avec nos amis américains n’a pas échappé à cette règle. Avant même d’entamer la négociation, le gouvernement était hors jeu. Oublieux de sa mission d’arbitre, il s’est disqualifié d’une course qu’il fallait prioritairement mener sur le terrain diplomatique. Ce phénomène prend d’autant plus de proportions lorsque certains membres sont exclusivement formatés par la culture de la Landsgemeinde. Peu expérimenté dans la gestion gouvernementale et enivré par l’harangue populaire, l’un d’entre eux démontre actuellement les limites de son influence réelle. Après l’excitation juvénile née du rêve américain, espérons que Swisscom ne subira pas le même sort que l’accord sur le libre échange…