Défié, lexécutif reste désarmé
16 décembre 2005
Face à un débat parlementaire qui se délite, le gouvernement doit s’affirmer
Le Conseil Fédéral a rarement essuyé tant de critiques. Cette semaine, pendant que Swisscom hante encore les esprits, le gouvernement doit affronter plusieurs débats commandés par l’urgence et guidés par la précipitation (cargo, chiens dangereux…). Cantonné dans sa traditionnelle fonction directoriale, l’exécutif n’est pas outillé face au Parlement. S’il entend gouverner, sans doute devra-t-il renforcer ses moyens de pression face à l’autorité législative. Vexé d’être le parent pauvre parmi les trois pouvoirs, le législatif a récemment renforcé ses prérogatives en révisant la loi sur le Parlement. Malgré cela, il démontre une fois de plus les limites de son influence réelle. Incapable d’imposer un programme de législature, il tente en permanence de déstabiliser l’exécutif en multipliant les invectives et les débats urgents. Face à de telles manœuvres politiques, le Conseil Fédéral poursuit son rythme et courbe l’échine. Habitué à administrer, il peine à gouverner. Quelques correctifs permettraient pourtant d’assainir le climat politique et de rétablir un dialogue constructif. Afin de contrer un Parlement qui se délecte en abusant des délices émotionnels et partisans, le gouvernement pourrait par exemple proposer des solutions afin de recueillir plus rapidement le verdict populaire. Sur le dossier swisscom, pourquoi donc engager une lourde procédure parlementaire alors que la cause semble ficelée et entendue ? Lors des débats législatifs qui traînent parfois en longueur (ex : quatre années de discussion concernant la loi sur les télécommunications qui est enfin adopté en vote final lors de cette session), pourquoi ne pas utiliser l’instrument classique de la motion de censure afin de discipliner les troupes ? Dans un climat politique toujours plus tendu et envenimé par les jeux partisans, l’exécutif pourrait se redonner les moyens de ses ambitions. Puisqu’il entend jouer les premiers rôles, il doit se placer au cœur du jeu politique. Puisqu’il est, à tort ou raison, tenu pour responsable de tous les maux, il est condamné à renforcer son pourvoir. Si sa mission directoriale n’est plus perçue dans l’opinion publique, il doit se préparer à gouverner.