Sarkozy et la synthèse des droites

Publié le par Sébastien Leprat

René Rémond, auteur du célèbre ouvrage intitulé « les droites en France », vient de nous quitter la semaine passée. Ce célèbre historien politologue a passé sa vie à démontrer les causes d’une impossible alliance entre les droites françaises. A la veille de l’élection présidentielle française, en démontrant qu’il est en mesure d’assurer la synthèse, Nicolas Sarkozy est en passe de lui rendre un bel hommage.

Pour René Rémond, trois grands courants de droite s’affrontent sur la scène politique française. Il y a tout d’abord l’expression minoritaire, la droite orléaniste d’inspiration libérale, fédéraliste et sensible aux appels de la démocratie chrétienne. Autrefois représentée à la Révolution par les girondins, elle fut brièvement incarnée sous la cinquième République par la tentative de réunion du centre sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

Frère ennemi de cette mouvance politique héritière d’une aristocratie royale issue de l’ancien régime, la droite Républicaine, incarnée à la Révolution par les jacobins puis agissante sous l’Empire, a toujours combattu cette tentation conservatrice. Au lendemain du conflit mondial de 1945, après les tentatives radicale-socialistes de l’entre-deux-guerres, la droite Républicaine a affirmé son autorité en imposant les règles du jeu grâce à l’action du Général De Gaulle. En posant les jalons d’une stabilité politique, la Constitution de 1958 porte en effet l’empreinte de ce courant majoritaire à droite. René Rémond décrivait d’autre part l’existence d’une droite patriote, confisquée par le régime de Vichy et remobilisée par le courant poujadiste dans les années 60. Ce courant se nourrit essentiellement de la colère des artisans. Colère parfois justifiée par l’excessif niveau des prélèvements obligatoires dans l’hexagone. La très forte confiance dont semble bénéficier Nicolas Sarkozy est probablement liée à sa capacité de réunir ces trois courants de la droite française. Le journal « The economist », « bible » libérale anglo-saxonne, voit dans le candidat de l’UMP la projection de ses desseins idéologiques. Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy regagne la confiance des artisans en plaçant les valeurs du travail au cœur de ses enjeux programmatiques et pousse ainsi la droite poujadiste dans ses derniers retranchements. Parallèlement, en fin de campagne, alors que les partisans de madame Royal et de monsieur Bayrou privilégient les manœuvres de rapprochement, Nicolas Sarkozy se rend sur la tombe du Général de Gaulle et dénonce cette version moderne du fameux « merdier des partis ». Au-dessus des tactiques politiciennes, il affirme sa posture gaulliste en appelant les citoyens au rassemblement. Dimanche prochain, l’ampleur de son succès démontrera s’il est en mesure de réaliser la synthèse entre les familles de la droite française.

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Publié dans politics

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