La danse de la redevance
Les affaires du conseil fédéral échappent parfois au secret des délibérations. La fuite est en effet monnaie courante. Néanmoins, lorsqu’elle parait dans un média, elle rencontre rarement un large écho dans les autres médias. Comme la concurrence est vive, les journaux s’épient et se contrôlent. Dès lors, quand l’un d’entre eux communique une indiscrétion gouvernementale, rares sont les concurrents qui reprennent cette information. Trop agacés de ne pas être à l’origine du « scoop », ils se contentent tout au plus de la mentionner au détour d’un article, si celle-ci mérite véritablement un traitement, en prenant soin de préciser la source d’origine. Ainsi, en règle générale, la durée de vie d’une telle indiscrétion dépasse rarement les 48 heures, période beaucoup trop courte afin d’imprégner amplement l’information dans l’opinion publique. Tel n’est toutefois pas le cas lorsque cette information concerne les intérêts directs des médias. Le tapage concernant l’indiscrétion parue dans la presse dominicale et relative à l’augmentation de la redevance de la SSR est emblématique de la propension des médias à parler d’eux-mêmes. Depuis deux semaines, tous les journaux accordent en effet une priorité démesurée à cette information. Le conseil fédéral vient de recevoir un rapport qui réclame une augmentation significative de la redevance TV/radio. Naturellement, le gouvernement jouit d’une compétence exclusive afin d’évaluer la pertinence d’une demande d’augmentation des ressources émanant d’une entreprise publique à laquelle il est liée par un mandat de prestation. Par défaut d’information, les partis politiques ne sont pas en mesure d’apprécier la situation. Seul, le gouvernement est en première ligne. Pourtant, sur ce sujet, tous les acteurs de la vie politique sont médiatiquement sommés de s’expliquer. Les partis ne connaissent pas tous les tenants et les aboutissants (le rapport de monsieur prix qui s’oppose à la hausse de la redevance souhaitée par la SSR n’est par exemple pas encore public) mais sont tout de même invités avec insistance à se prononcer. Subitement, les médias ne se jalousent plus. Curieusement, ils ne se soucient guère de l’origine ou de la qualité de la fuite. Une seule priorité les anime : Construire le débat afin de lui donner de la résonnance. Tous les moyens sont bons, y compris l’instrumentalisation d’un Président national d’un parti gouvernemental. Dans un esprit corporatiste, tous dansent autour de la redevance…