Lhumanité fractionnée
23 février 2006
Les revendications de régimes légaux d’exception se multiplient, la laïcité recule
Avant d’être considéré comme un citoyen, l’individu devrait donc présenter de multiples gages légaux. Ses caractéristiques raciales, sexuelles, sociologiques, spirituelles (…) sont passées au crible des jugements idéologiques. Fidèles héritières de la féodalité, certaines familles de pensées écartent une fois de plus la modernité politique. Parallèlement, des partis de gauche comme de droite adoptent une rhétorique peu respectueuse du respect de l’individu. Aidés par leurs principaux porte-voix, ces « partis de l’étranger » tentent de prendre une revanche sur l’histoire. Sans égard pour la laïcité, l’humanité est ainsi quotidiennement fractionnée. Ces dernières semaines, la tolérance et la justice ont eu la vie dure. Après les excès discriminatoires exprimés au sommet de l’Etat par notre ministre des affaires étrangères, le parti chrétien s’attache à établir une distinction spirituelle entre les citoyens. L’« extrême-centre » se prépare à revendiquer un régime légal d’exception lié à la confession ! De même, à l’approche d’une votation fédérale sensible sur l’asile, l’insoutenable verbiage technocratique de l’administration fédérale envahit le discours public. Unis dans leurs indifférences face au respect de l’individu, les adversaires comme les partisans de la révision de la loi sur l’asile épousent de concert la même terminologie. Derrière les bons ou les mauvais sentiments, le terme de « NEM » est omniprésent. Dans la bouche des moralistes comme dans celle des racistes, l’étranger n’a plus le droit au respect de sa personne. Quotidiennement, il doit intimement subir la comparaison avec les délices de la cuisine chinoise. La rhétorique désincarnée de l’Office Fédérale des Migrations travaille donc patiemment et sûrement à saper des valeurs libérales pourtant si étroitement liées à notre patrimoine commun. A droite comme à gauche, les passes d’armes politiques n’ont plus de considération pour le respect de l’individu et les assauts des discriminants se multiplient. Les libertés publiques et individuelles sont défiées et l’opinion publique reste dangereusement muette. Sommes-nous condamnés à évoluer dans une société qui dénie à l’humanité toute dimension universelle ?